Le
samedi 03 novembre dernier, on apprenait des ONG nigérienne Befen
(Bien-être de la femme
et de l'enfant au Niger) et tchadienne Alerte-Santé qui les
emploient, que cinq Nigériens enlevés le 14 octobre dans le sud-est du Niger par
des hommes armés ont été libérés, mais que leur compagnon tchadien
enlevé avec eux est mort des
suites de ses blessures. Selon un ex-otage joint par l'AFP, la prise
d’otage serait l’acte du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), l'un des groupes islamistes armés qui contrôlent le nord du Mali.
Le
tchadien Aimé Soulembaye, "décédé suite à ses blessures", n’est sans
doute pas le premier de nos
compatriotes à périr dans des actes terroristes. On se souvient des
25 Tchadiens victimes parmi les 170 de l’attentat contre le DC 10 d’UTA
le 19 septembre 1989. Même s’il n’est pas sûr de dire
que la nationalité tchadienne d’Aime Soulembaye aurait fait de lui
la cible du Mujao, cet acte laisse présager le pire si on le replace
dans un contexte où il est de plus en plus pressenti que
les forces armées tchadiennes mèneront la fronde contre les
terroristes au Nord du Mali. Il faut bien dire que le terrorisme
n’épargne aucune nationalité aujourd’hui et que la guerre contre lui
mérite d’être menée. Cependant, parce que cette guerre est justement
différente tant dans sa forme et que dans la configuration de ses
acteurs et de son espace, aucun Etat ne saurait s’y
aventurer sans au préalable prévenir le risque des représailles
certaines contre ses propres nationaux. L’option d’une intervention
militaire du Tchad au Nord Mali nécessite que certains enjeux
sécuritaires soient bien clarifiés. Le pays est étendu sur un vaste
territoire où de larges bandes échappent complètement a la surveillance
de l’Etat : en témoignent les récurrentes
incursions entre 2003 et 2006 du GSPC (Groupe Salafiste pour la
Prédication et le Combat) devenu AQMI. L’un des chefs du GSPC,
Abderazack Al-Para, avait d’ailleurs été capture par la rébellion de
Togoimi (MDJT) puis remis a l’Algérie en mars 2004. L’infiltration
des éléments de Boko Haram dans le Lac, les coupeurs de route entre les
frontières avec le Cameroun et la RCA, sans oublier les
rebelles centrafricains et soudanais qui se servent de notre
territoire comme base-arrière, tout ceci montre que l’Etat tchadien a
bien du mal a contrôler son propre territoire. En plus de cela,
nous manquons également de maitrise sur nos fichiers de l’état
civil, chose qui rend comme un simple jeu d’enfant l’acquisition des
documents nationaux d’identification. En mobilisant tous ces
exemples, je tends à démontrer que nos villes sont totalement
vulnérables si elles venaient à être prises pour cibles par des groupes
terroristes. Nous risquons de vivre dans la même psychose à
laquelle les populations des villes kenyanes et ougandaises sont
soumises quotidiennement. Voilà justement le cas de deux pays, le Kenya
et l’Ouganda, qui devraient nous dissuader de toute
intervention au Mali. Avec ces deux pays, nous partageons des
capacités militaires d’un niveau égal, mais aussi les mêmes handicaps :
la porosité des frontières. Même si sur le terrain en
Somalie les deux pays font des avancées dans la lutte contre
Al-Shabab, leurs villes font régulièrement l’objet d’attentats menés par
les terroristes. Mais à l’oppose du Tchad, ces deux pays ont
un intérêt immédiat, qu’il soit stratégique ou économique, a
conduire la guerre en Somalie. L’intérêt du Tchad au Mali reste à
déterminer tout comme la sécurité intérieure doit être
améliorée.
Autrement,
nous n’aurons plus que nos larmes pour pleurer nos proches qui, à
coup sûr, périront par dizaines dans des attentats terroristes au cœur
de nos villes et campagnes. Le jeu ne vaut la
chandelle !!!
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire