lundi 12 novembre 2012

Les conséquences d’une intervention militaire du Tchad au Mali


Le samedi 03 novembre dernier, on apprenait des ONG nigérienne Befen (Bien-être de la femme et de l'enfant au Niger) et tchadienne Alerte-Santé qui les emploient, que cinq Nigériens enlevés le 14 octobre dans le sud-est du Niger par des hommes armés ont été libérés, mais que leur compagnon tchadien enlevé avec eux est mort des suites de ses blessures. Selon un ex-otage joint par l'AFP, la prise d’otage serait l’acte du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), l'un des groupes islamistes armés qui contrôlent le nord du Mali.
Le tchadien Aimé Soulembaye, "décédé suite à ses blessures", n’est sans doute pas le premier de nos compatriotes à périr dans des actes terroristes. On se souvient des 25 Tchadiens victimes parmi les 170 de l’attentat contre le DC 10 d’UTA le 19 septembre 1989. Même s’il n’est pas sûr de dire que la nationalité tchadienne d’Aime Soulembaye aurait fait de lui la cible du Mujao, cet acte laisse présager le pire si on le replace dans un contexte où il est de plus en plus pressenti que les forces armées tchadiennes mèneront la fronde contre les terroristes au Nord du Mali. Il faut bien dire que le terrorisme n’épargne aucune nationalité aujourd’hui et que la guerre contre lui mérite d’être menée. Cependant, parce que cette guerre est justement différente tant dans sa forme et que dans la configuration de ses acteurs et de son espace, aucun Etat ne saurait s’y aventurer sans au préalable prévenir le risque des représailles certaines contre ses propres nationaux. L’option d’une intervention militaire du Tchad au Nord Mali nécessite que certains enjeux sécuritaires soient bien clarifiés. Le pays est étendu sur un vaste territoire où de larges bandes échappent complètement a la surveillance de l’Etat : en témoignent les récurrentes incursions entre 2003 et 2006 du GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat) devenu AQMI. L’un des chefs du GSPC, Abderazack Al-Para, avait d’ailleurs été capture par la rébellion de Togoimi (MDJT) puis remis a l’Algérie en mars 2004. L’infiltration des éléments de Boko Haram dans le Lac, les coupeurs de route entre les frontières avec le Cameroun et la RCA, sans oublier les rebelles centrafricains et soudanais qui se servent de notre territoire comme base-arrière, tout ceci montre que l’Etat tchadien a bien du mal a contrôler son propre territoire. En plus de cela, nous manquons également de maitrise sur nos fichiers de l’état civil, chose qui rend comme un simple jeu d’enfant l’acquisition des documents nationaux d’identification. En mobilisant tous ces exemples, je tends à démontrer que nos villes sont totalement vulnérables si elles venaient à être prises pour cibles par des groupes terroristes. Nous risquons de vivre dans la même psychose à laquelle les populations des villes kenyanes et ougandaises sont soumises quotidiennement. Voilà justement le cas de deux pays, le Kenya et l’Ouganda, qui devraient nous dissuader de toute intervention au Mali. Avec ces deux pays, nous partageons des capacités militaires d’un niveau égal, mais aussi les mêmes handicaps : la porosité des frontières. Même si sur le terrain en Somalie les deux pays font des avancées dans la lutte contre Al-Shabab, leurs villes font régulièrement l’objet d’attentats menés par les terroristes. Mais à l’oppose du Tchad, ces deux pays ont un intérêt immédiat, qu’il soit stratégique ou économique, a conduire la guerre en Somalie. L’intérêt du Tchad au Mali reste à déterminer tout comme la sécurité intérieure doit être améliorée.
Autrement, nous n’aurons plus que nos larmes pour pleurer nos proches qui, à coup sûr, périront par dizaines dans des attentats terroristes au cœur de nos villes et campagnes. Le jeu ne vaut la chandelle !!!

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