dimanche 22 août 2010

Israël/Palestine : la guerre des ultras

La diplomatie américaine nous annonce pour le 02 septembre 2010 la reprise des pourparlers de paix directs entre Palestiniens et Israéliens. On se souviendra que ces négociations autour du quartet (ONU, Russie, Etats-Unis et Union européenne) ont été gelées depuis décembre 2008 suite à l'offensive israélienne de grande ampleur sur la bande de Gaza. Depuis lors, la population de Gaza continue de vivre le blocus de l’armée israélienne, sans eau ni électricité, les vivres et les médicaments se font rares. Difficilement, la communauté internationale tente de leur faire acheminer l’assistance humanitaire avec souvent le péril que cela représente. On se souviendra ici du raid de Tsahal le 31 mai 2010 contre la flottille turque transportant des vivres et des médicaments. Tirs de roquettes contre blocus maritime et frappes aériennes, Palestiniens et Israéliens se regardent en chiens de faïence et continuent de s’affronter malgré le sinistre et le désespoir des populations vulnérables. Cependant, dans un contexte conflictuel qui multiplie à la fois compassions médiatiques, intérêts géostratégiques, actions humanitaires et non indifférence de la part de la communauté internationale notamment, la reprise des négociations entre les deux camps laissera un temps d’espoir aux deux peuples profondément meurtris.
Un jour d’avril 2009, au cours d’un entretien qu’il avait bien voulu nous accorder, Avraham Nir, alors ambassadeur d’Israël au Cameroun, nous confiait que « la guerre en Palestine est une guerre des ultras ». Aujourd’hui plus que jamais ces propos ont leur sens dans cette tragédie orientale qui dure voilà plus de 60 ans. Les ultras palestiniens contre les ultras israéliens ; le Hamas contre la droite israélienne. D’un côté les irrédentistes du Hamas qui s’obstinent à ne pas reconnaitre l’Etat d’Israël. De l’autre côté, les nationalistes israéliens qui galvaudent l’option militaire comme alternative à la crise avec ces images de chars tirant sur des enfants qui leur jettent des cailloux. La guerre de Palestine, c’est tout simplement la guerre des ultras. Avigdor Libermann ce n’est pas mieux pour la paix que ne l’est Khaled Mechal. Deux camps d’irréductibles qui refusent de saisir la seule chance que leur offre l’histoire pour faire la paix. Aujourd’hui, plus que jamais, la solution la plus viable demeure celle de deux Etats, palestinien et israélien, vivant côte à côte. La géographie les y contraint. Israël n’aura jamais la paix dont il rêve si à côté vivent dans la promiscuité et sans terres des millions de Palestiniens. Autrement les tirs de roquettes ne s’arrêteront jamais. Ni la Palestine (encore moins le Hamas), ni les Arabes ne pourront remonter l’histoire ou contester la réalité en niant l’existence d’Israël. Autrement les blocus maritimes et les raids aériens continueront de les sevrer de cette paix à laquelle ils aspirent tant.
Le défi pour le quartet ce 02 septembre, c’est de faire en sorte que ce sommet ne soit pas un autre de trop.  D'ores et déjà le Hamas déclare que ces pourparlers directs et leurs conséquences n’engagent pas le peuple palestinien. Mais les quatre pourront-ils convaincre les ultras israéliens et palestiniens ? Sauront-ils leur faire comprendre que la paix dans la région passe par l’érection d’un autre Etat à côté d’Israël qui devra être reconnu par toutes les tendances palestiniennes ? Les hommes politiques n’ont d’ailleurs pas le choix, en tout cas s’ils ont à cœur le drame des Gazaouis et des Israéliens habitant les villes transfrontalières.

mercredi 18 août 2010

Au-delà de la présence militaire de la France au Tchad : les leçons stratégiques pour l’avenir.

Le 11 août 2010, devant un parterre de journalistes nationaux et internationaux, le président tchadien Idriss Déby Itno remettait en cause pour la première fois la présence militaire de la France au Tchad. Pour le président tchadien, l’opportunité était toute trouvée. En effet ce jour là, la République du Tchad commémore le cinquantenaire de son indépendance même si les festivités ont été reportées à une date ultérieure. L’argumentaire du président tchadien vaut également son pesant d’or. L’Opération Epervier, symbole de la présence militaire de la France au Tchad déployée depuis 1986 suite à l’Opération Manta, ne dispose plus du même contexte de sa planification à savoir l’agression de la Libye contre les autorités nationales et le territoire tchadiens. Par conséquent, si le Tchad doit continuer de servir de « porte-avion du désert » selon l’expression consacré par l’état-major français, quoi de plus normal que le pays en tire les justes rétributions. La présence militaire de la France au Tchad n’est tout simplement pas souhaitable, elle porte tous les germes de l’anticolonialisme et ne sert que les seuls intérêts de la France. Cette présence est d’autant plus choquante pour le peuple tchadien et africain qu’elle repose sur la base d’accords secrets, loin du contrôle des parlementaires, du peuple.
Après 24 ans au Tchad, l’Opération Epervier rime tout simplement avec les nombreux déboires en termes d’instabilité et d’insécurité que connaît ce pays depuis son accession à la souveraineté internationale. De sorte qu’aujourd’hui, le Gouvernement du Tchad ne saurait tirer un trait sur cette Opération sans en apprendre les leçons stratégiques que cela implique pour cet Etat. En effet, 50 ans après l’indépendance, il est tout simplement sidérant de constater que l’armée tchadienne est une loque, loin de l’apparente unité organisationnelle qu’elle tente de montrer. La construction de l’armée, pas moins d’ailleurs que celle de la nation, n’a jamais été véritablement engagée par les autorités nationales. Une armée d’officiers au sein de laquelle les promotions se font à la tête du client. Le fait est amer mais le Tchad est l’un des rares pays à ne pas disposer d’un règlement des armées. On ne sait pas sur quelle base on devient Colonel, on ignore le nombre d’années pour passer de Lieutenant à Capitaine. De nombreux valeureux combattant crève la misère en attendant une hypothétique promotion. Plus grave, un civil peut du jour au lendemain arborer le grade de Colonel sans jamais avoir mis pied dans un camp d’instruction militaire. Colonel Gazonga, Colonel Al Kanto, etc. ça existe au Tchad et pour du vrai. Une armée pléthorique mais surtout hypertrophiée avec un ratio de 33 officiers pour 100 militaires, loin, très loin des standards internationaux.
Au Tchad, on n’a pas besoin de la France mais surtout on doit pouvoir bâtir une armée capable de consolider l’unité nationale et de préserver l’intégrité territoriale de notre pays. Cette armée doit être républicaine, au service de la paix et du développement de la nation. Une armée au sein de laquelle l’enrôlement et les promotions se font sur une base nationale, selon des principes républicains. Une armée de carrière et de métier dans laquelle on ne se sentira pas obligé de retourner l’arquebuse contre les institutions et personnes qu’on est censés protéger. C’est là le principal défi stratégique qui se pose au Tchad.