Le
11 août 2010, devant un parterre de journalistes nationaux et
internationaux, le président tchadien Idriss Déby
Itno remettait en cause pour la première fois la présence militaire
de la France au Tchad. Pour le président tchadien, l’opportunité était
toute trouvée. En effet ce jour là, la République du
Tchad commémore le cinquantenaire de son indépendance même si les
festivités ont été reportées à une date ultérieure. L’argumentaire du
président tchadien vaut également son pesant d’or.
L’Opération Epervier, symbole de la présence militaire de la France
au Tchad déployée depuis 1986 suite à l’Opération Manta, ne dispose plus
du même contexte de sa planification à savoir
l’agression de la Libye contre les autorités nationales et le
territoire tchadiens. Par conséquent, si le Tchad doit continuer de
servir de « porte-avion du désert » selon l’expression
consacré par l’état-major français, quoi de plus normal que le pays
en tire les justes rétributions. La présence militaire de la France au
Tchad n’est tout simplement pas souhaitable, elle porte
tous les germes de l’anticolonialisme et ne sert que les seuls
intérêts de la France. Cette présence est d’autant plus choquante pour
le peuple tchadien et africain qu’elle repose sur la base
d’accords secrets, loin du contrôle des parlementaires, du peuple.
Après
24 ans au Tchad, l’Opération Epervier rime tout simplement avec les
nombreux déboires en termes d’instabilité et
d’insécurité que connaît ce pays depuis son accession à la
souveraineté internationale. De sorte qu’aujourd’hui, le Gouvernement du
Tchad ne saurait tirer un trait sur cette Opération sans en
apprendre les leçons stratégiques que cela implique pour cet Etat.
En effet, 50 ans après l’indépendance, il est tout simplement sidérant
de constater que l’armée tchadienne est une loque, loin
de l’apparente unité organisationnelle qu’elle tente de montrer. La
construction de l’armée, pas moins d’ailleurs que celle de la nation,
n’a jamais été véritablement engagée par les autorités
nationales. Une armée d’officiers au sein de laquelle les promotions
se font à la tête du client. Le fait est amer mais le Tchad est l’un
des rares pays à ne pas disposer d’un règlement des
armées. On ne sait pas sur quelle base on devient Colonel, on ignore
le nombre d’années pour passer de Lieutenant à Capitaine. De nombreux
valeureux combattant crève la misère en attendant une
hypothétique promotion. Plus grave, un civil peut du jour au
lendemain arborer le grade de Colonel sans jamais avoir mis pied dans un
camp d’instruction militaire. Colonel Gazonga, Colonel Al
Kanto, etc. ça existe au Tchad et pour du vrai. Une armée
pléthorique mais surtout hypertrophiée avec un ratio de 33 officiers
pour 100 militaires, loin, très loin des standards
internationaux.
Au
Tchad, on n’a pas besoin de la France mais surtout on doit pouvoir
bâtir une armée capable de consolider l’unité
nationale et de préserver l’intégrité territoriale de notre pays.
Cette armée doit être républicaine, au service de la paix et du
développement de la nation. Une armée au sein de laquelle
l’enrôlement et les promotions se font sur une base nationale, selon
des principes républicains. Une armée de carrière et de métier dans
laquelle on ne se sentira pas obligé de retourner
l’arquebuse contre les institutions et personnes qu’on est censés
protéger. C’est là le principal défi stratégique qui se pose au Tchad.
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