mercredi 18 août 2010

Au-delà de la présence militaire de la France au Tchad : les leçons stratégiques pour l’avenir.

Le 11 août 2010, devant un parterre de journalistes nationaux et internationaux, le président tchadien Idriss Déby Itno remettait en cause pour la première fois la présence militaire de la France au Tchad. Pour le président tchadien, l’opportunité était toute trouvée. En effet ce jour là, la République du Tchad commémore le cinquantenaire de son indépendance même si les festivités ont été reportées à une date ultérieure. L’argumentaire du président tchadien vaut également son pesant d’or. L’Opération Epervier, symbole de la présence militaire de la France au Tchad déployée depuis 1986 suite à l’Opération Manta, ne dispose plus du même contexte de sa planification à savoir l’agression de la Libye contre les autorités nationales et le territoire tchadiens. Par conséquent, si le Tchad doit continuer de servir de « porte-avion du désert » selon l’expression consacré par l’état-major français, quoi de plus normal que le pays en tire les justes rétributions. La présence militaire de la France au Tchad n’est tout simplement pas souhaitable, elle porte tous les germes de l’anticolonialisme et ne sert que les seuls intérêts de la France. Cette présence est d’autant plus choquante pour le peuple tchadien et africain qu’elle repose sur la base d’accords secrets, loin du contrôle des parlementaires, du peuple.
Après 24 ans au Tchad, l’Opération Epervier rime tout simplement avec les nombreux déboires en termes d’instabilité et d’insécurité que connaît ce pays depuis son accession à la souveraineté internationale. De sorte qu’aujourd’hui, le Gouvernement du Tchad ne saurait tirer un trait sur cette Opération sans en apprendre les leçons stratégiques que cela implique pour cet Etat. En effet, 50 ans après l’indépendance, il est tout simplement sidérant de constater que l’armée tchadienne est une loque, loin de l’apparente unité organisationnelle qu’elle tente de montrer. La construction de l’armée, pas moins d’ailleurs que celle de la nation, n’a jamais été véritablement engagée par les autorités nationales. Une armée d’officiers au sein de laquelle les promotions se font à la tête du client. Le fait est amer mais le Tchad est l’un des rares pays à ne pas disposer d’un règlement des armées. On ne sait pas sur quelle base on devient Colonel, on ignore le nombre d’années pour passer de Lieutenant à Capitaine. De nombreux valeureux combattant crève la misère en attendant une hypothétique promotion. Plus grave, un civil peut du jour au lendemain arborer le grade de Colonel sans jamais avoir mis pied dans un camp d’instruction militaire. Colonel Gazonga, Colonel Al Kanto, etc. ça existe au Tchad et pour du vrai. Une armée pléthorique mais surtout hypertrophiée avec un ratio de 33 officiers pour 100 militaires, loin, très loin des standards internationaux.
Au Tchad, on n’a pas besoin de la France mais surtout on doit pouvoir bâtir une armée capable de consolider l’unité nationale et de préserver l’intégrité territoriale de notre pays. Cette armée doit être républicaine, au service de la paix et du développement de la nation. Une armée au sein de laquelle l’enrôlement et les promotions se font sur une base nationale, selon des principes républicains. Une armée de carrière et de métier dans laquelle on ne se sentira pas obligé de retourner l’arquebuse contre les institutions et personnes qu’on est censés protéger. C’est là le principal défi stratégique qui se pose au Tchad.

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